Le Fou de cette Nef n'incarne pas la maladie, mais la différence. C'est la pièce du jeu d'échec qui avance en diagonale. C'est le bouffon du Roi qui agite sa marotte pour mieux dire la vérité. C'est le clown qui, au lieu de cacher ses faiblesses, les revendique.

La figure symbolique du Fou traduit une volonté de remplacer le « plus » par le « mieux » en donnant la priorité à ce qui ne se mesure pas. Parce que la réussite ne se réduit pas à la performance. Parce que la culture n'est pas un sport où des athlètes de l'âme se disputeraient la première place des hit-parades ou des box-offices.

Le Fou n'est pas moderne. Il n'est pas anti-moderne non plus. Rimbaud avait tout faux : on s'en fout, de la modernité ! Ce qui est important, c'est de savoir ce qui est vivant. L'utilisation de formes ou d'objets obsolètes ne révèle pas un amour du passé, mais un amour de la poésie du bric et du broc.

Le Fou est un touche-à-tout. Il n'est un spécialiste de rien, ce qui encore la meilleure façon d'être un amateur de tout. Faute d'être légitime, il se montre curieux en multipliant les approches et en décloisonnant les pratiques.

Le Fou aime les œuvres d'art qui savent oublier qu'elles en sont. La naïveté de l'art brut. La simplicité du bricolage. Il voudrait remplacer la culture par le jardinage - la culture ne sert à rien, puisqu'on peut être à la fois très cultivé et complètement con. 

Le Fou, c'est un petit peu nous. Le Fou, c'est un petit peu vous. Le Fou, c'est celui qui s'intéresse aux marges de son milieu, quel qu'il soit, parce que c'est là que l'air est le plus frais !